Vol. 10 nº 4 maio/2023

Correio franco-brasileiro: os 101 anos do Além do princípio de prazer - entre prazer e gozo

Vol. 10 nº 4 maio/2023

Correio franco-brasileiro: os 101 anos do Além do princípio de prazer - entre prazer e gozo


Temática

Notre jouissance de chaque jour

Mauricio E. Maliska

Je commence par deux citations. Dans le Séminaire 16, Lacan (1968[2008], p. 44) lance l'idée que « [...] la jouissance constitue la substance de tout ce dont on parle en psychanalyse », et considérons qu’on parle beaucoup de choses dans psychanalyse, et la jouissance est là, comme substance. Plus loin, dans le Séminaire 20, il dit qu'il y a une substance jouissante. La citation littérale est la suivante : « [...] le jouir d'un corps, d’un corps qui, l'Autre, le symbolise, et comporte peut-être quelque chose de nature à faire mettre au point une autre forme de substance, la substance jouissante. » ( LACAN, 1972 [1985], p. 35).

Je m'en tiendrai à ce terme, substance, car il nous renvoie à quelque chose d'invariable, à ce qui ne change pas. Son origine est dans la Chimie, définie comme une forme constante de matière caractérisée par ses entités spécifiques, telles que des atomes, des molécules ou des amas ioniques. Ainsi, la substance est ce qui subsiste, sa composition fixe signifie qu'elle ne change pas dans les changements d'états physiques de la matière, comme la fusion et l'ébullition, par exemple. Dans ce sens, nous aurons comme exemple la substance de l'eau, qui est formée par deux atomes d'hydrogène et un d'oxygène dans n'importe quelle circonstance ou état de la matière. Si on prend cette définition, la jouissance, alors, c'est une substance, ce n'est pas une forme, ni un état ou un mode.

Cela nous semble vraiment très curieux, à première vue, car il est très difficile de dire ce qu'est une substance en psychanalyse, puisqu'il s'agit toujours d'états et de configurations qui sont structurés d'une manière ou d'une autre. Même le mythe d'Œdipe ou le complexe de castration que Lacan, avec Freud, considérait comme structurant et constitutif du sujet, là où il y a cette structure, ce n'est pas une substance immuable. C'est peut-être une forme qui prend des formats très singulier dans chaque sujet.

L'inconscient lui-même, concept central de la psychanalyse, ne peut pas non plus être considéré comme une substance. Même s'il peut être structuré comme un langage, ni lui ni ce « un langage » ne sont pas substance. Parce que l'inconscient est multiple et varié dans chaque sujet, il en constitue aussi la singularité. Par ailleurs, on ne peut pas oublier que Lacan (1975[2007, p. 160]) considère que la fin de l'analyse conduirait le sujet à être désabonné à l’inconscient, c'est-à-dire qu'il y aurait en quelque sorte une dissipation de l'inconscient. Enfin, l'inconscient est loin d'être une substance.

Le langage, de même, ne peut pas non plus être considéré comme une substance, car Saussure lui-même (1983, p. 141), considéré comme le père de la linguistique moderne, qui a tant influencé Lacan dans ses Écrits, a été très explicite en disant : « la langue c'est une forme et pas une substance » tandis que « le langage est multiforme et hétéroclite » (p. 17). Même si l'on peut considérer que dans l'aphorisme « L'inconscient est structuré comme un langage », ce « un langage » ne veut pas dire le langage, mais un langage spécifique, que Lacan développera plus tard comme lalangue, même là, on ne trouve pas la substance, car lalangue non plus n'a rien de substance, bien au contraire, elle semble même être un plasma gélatineux qui coule du coin de la bouche comme une bave sonore.

Le concept de fantasme, qui a même une formule, ne pourrait pas non plus être considéré comme une substance, car il est très singulier dans chaque sujet, même les proto-fantasmes ou fantasme originaires n'assumeraient pas non plus ce statut de substance, car ils sont raffinés de manières très différentes, propres à chaque sujet. Le fait qu'il ait une formule ne veut pas dire qu'il est une substance, car Lacan a aussi trouvé une formule pour la métaphore, la métonymie et autres. De plus, le fantasme est précisément ce qui est traversé à la fin de l'analyse, démantelé en quelque sorte, ne soutenant pas la position d'une substance.

Quoi qu'il en soit, j'ai l'impression que je pourrais continuer cet exercice théorique de revisiter certains concepts de la psychanalyse dans le but d'y chercher quelque propriété qui ressemble à une substance. Il me semble que le texte serait énorme, ennuyeux et anodin, puisque la substance n'est pas une propriété centrale de la théorie psychanalytique. Cela ne veut pas dire qu'elle soit en dehors de la psychanalyse.

De cette façon, nous pouvons donc dire que non seulement la jouissance constitue la substance de tout ce dont nous parlons dans la psychanalyse, mais aussi la jouissance est, dans notre compréhension, la seule substance de la psychanalyse.

La substance jouissante, dans le Séminaire 20, semble être quelque chose qui relève d'une certaine allusion comparative et oppositionnelle à la substance (res) cogitans et au res extensa cartésienne, puisque Lacan (1972[1985]) tente de montrer que dans le sujet persiste une substance jouissante, au sens où l'existence du sujet est ancrée dans sa jouissance et dans le corps qui sert de matière à l'incidence de la res jouissante. Lacan (1964[1988]) avait déjà déployé la maxime cartésienne du Cogito, ergo sum à d'autres moments de son enseignement, notamment dans le Séminaire 11 et dans les Écrits (1966 [1998]), mais dans ces moments il prend l'inconscient comme opposition au cogito, dit que le sujet pense là où il n'est pas et est là où il ne pense pas (dans l'inconscient). Il a voulu indiquer que « l'existence » du sujet est marquée par sa sujétion à l'inconscient et non à la pensée et à la rationalité. Dans le Séminaire 20 (Lacan, 1972 [1985]), il s’agit d’un autre retournement de la maxime cartésienne, où ce n'est pas l'inconscient (comme ensemble de représentations refoulées) la cible centrale, mais la jouissance dans son aspect Réel, donc, son incidence sur le corps. Pour avoir un corps et une jouissance de ce corps, il faut une substance jouissante qui promeut son ex-sistence dans le sujet, traitant non seulement d'une existence de l'être, mais d'une ex-sistence, dans laquelle apparaît une in-sistance du réel sur le symbolique. Le réel de la jouissance dans le corps ex-siste, in-siste et s'impose comme une substance jouissante qui meut le sujet dans la vie, dans un autre regard sur l'inconscient, non plus celui des représentations et du représentant de la représentation, mais l'aspect pulsionnel de la jouissance et la puissance de cette jouissance.

Dans le texte La Troisième, Lacan (1974) reprend la maxime cartésienne du Je pense donc je suis, mais, comme dans le Séminaire 20, il place la jouissance comme substance fondatrice de l'ex-sistence. Jouant sur les mots, il dit je suis et je jouis, montrant ainsi que l'être est lié à la jouissance autant qu'à la pensée lorsqu'il dit « je pense, donc, je souis ». On sait que la pensée est une substance jouissante, parce que la pensée produit du sens et cela sert à la jouissance, on jouit du sens produit par la pensée.

La substance jouissante, c'est le fait qu'il y a une jouissance du corps. Ou plutôt, la jouissance n'est pas exactement dans le corps, mais dans les signifiants (phalliques) de l'Autre qui le symbolisent. Comme le dit Lacan (1972[1985, p. 35]) : « Cela ne se jouit que de le corporiser de façon signifiante ». Avec cela, la question de la partialité de la jouissance revient, car « [...] on ne peut jouir que d'une partie du corps de l'Autre [...] en somme le corps de l’un qui jouit d'une part du corps de l'Autre » (Lacan, 1972[1985, p. 35]). Cette partialité tient au signifiant, puisque jouir d'une part du corps de l'Autre n'est possible qu'à travers le signifiant qui symbolise cette part. C'est le signifiant qui donne un statut phallique à cette part du corps dont on jouit. Ainsi, cette lueur dans le nez dont le patient de Freud était enchanté, était une jouissance de cette part du corps (le nez) qui servait de signifiant phallique. De même, toutes les demandes de l'homme pour que la femme porte tel vêtement, telle culotte, attache ses cheveux de telle ou telle façon, tout cela a à voir avec les signifiants phalliques que l'homme utilise comme attributs de la jouissance. Pour Lacan (1972[1985], p. 36), cela est très clair, car « [...] le signifiant se situe au niveau de la substance jouissante. [...] Le signifiant, c’est la cause de la jouissance. Sans le signifiant, comment même aborder cette partie du corps ? ».

La jouissance est une substance qui est dans le corps, elle est en corps, comme le suggère homophoniquement le titre du Séminaire 20, Encore / En corps. Cette substance ne peut être que dans le corps, car c'est la matière, c'est le substrat où circulent les fluides, les gaz prolifèrent, les déchets se solidifient, enfin, le corps est le réceptacle où le signifiant se matérialise. Le signifiant est l'âme du corps, ce qui lui donne effectivement vie et mouvement.

La substance jouissante est ce qui est dans chaque corps, elle ne s'inscrit pas dans une partie spécifique, mais s'étend dans tout le corps. « Le ronron c’est, sans aucun doute, la jouissance du chat », dit Lacan (1974) dans La troisième, c'est-à-dire cette vibration qui se répand dans tout le corps, cela semble être la substance jouissante.

La substance jouissante, qui pourvoit la subsistance, est presque comme une « nourriture » pour le sujet, notre pain quotidien, parce que le sujet se nourrit d'une jouissance, mais une nourriture pauvre et vide, qui n'est pas riche en nutriments, une jouissance pourrie qui est totalement absorbé par le symptôme, qui reste attaché au sujet comme un parasite. En se référant spécifiquement à la jouissance phallique, qui est présente dans le symptôme, Lacan (1975[2007]) signale qu'il s'agit d'une jouissance parasitaire, car, comme un parasite, cette jouissance aspire la vitalité du sujet. Le sujet est comme un pauvre errant à travers le monde, se nourrissant de cette jouissance pourrie au profit de son symptôme.

Cette idée d'une jouissance parasitaire, liée au symptôme, semble se rattacher à l'étymologie même du mot jouissance, que François Perrier (apud HARARI, 2003, p. 117) note dérive du latin gaudium, qui signifie « plein pouvoir sur » et/ou « entrer en possession de ». Cette observation devient pertinente parce que cette jouissance parasitaire peut être considérée comme une possession, au sens où elle possède le sujet, l'aspire, a plein pouvoir sur lui. Par conséquent, cette possession enlève au sujet la liberté de jouir de la vie. L'analyse conduit le sujet à exercer un plein pouvoir sur la vie, à la posséder et à en jouir. Ainsi, Lacan (1975[2007], p. 71) démontre« ce qui est caractéristique de notre opération, rendre cette jouissance possible [...] C'est de sutures et d’épissures qu’il s’agit dans l’analyse ». Donc, entre sutures et éppissures, transmutations dans la sphère de la jouissance pour la rendre possible au sujet.

Dans la nature, le pourri est ce qui peut se transformer en un autre élément organique, selon le principe de Lavoisier, dans lequel rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Si nous prenons la jouissance comme cette substance pourrie, et suivons le principe de Lavoisier, l'analyse pourrait-elle faire quelque chose de semblable avec la jouissance pourrie de la putréfaction symptomatique du sujet ? La substance pourrie de la jouissance pourrait-elle se transformer en humus ? D'ailleurs, Lacan (1974) a joué avec ce terme lorsqu'il dit dans la Note Italienne, que « [...] l'inconscient est ce qui invente l'humus humain pour sa perpétuité d'une génération à l'autre ». Alors, le sinthome serait-il une opération analytique capable de prendre la pourriture de la jouissance symptomatique et de la transformer en un humus, un fertilisant pour que le sujet puisse féconder d'autres choses dans sa vie ? Cet effet du sinthome pourrait donc bien être un sinthumus, au sens de faire autre chose avec le pourri, peut-être le transformer en un humus humain.

Ce serait sans aucun doute une belle substance...

Références bibliographiques:

FREUD, Sigmund. Fetichismo (1927). Edição Standard Brasileira das Obras Psicológicas Completas de Sigmund Freud. Vol. XXI. Rio de Janeiro: Imago, 1996.

HARARI, Roberto. Como se chama James Joyce? A partir do Seminário Le sinthome de J. Lacan. Salvador e Rio de Janeiro: Ágalma e Companhia de Freud, 2003.

LACAN, Jacques. O Seminário, Livro 23: O sinthoma (1975). Rio de Janeiro: Jorge Zahar, 2007.

________. O Seminário, Livro 16:de um Outro ao outro (1968). Rio de Janeiro: Jorge Zahar Editor, 2008.

________. O Seminário, Livro 11:Os quatro conceitos fundamentais da psicanálise (1964). Rio de Janeiro: Jorge Zahar Editor, 1988.

________. O Seminário, Livro 20:Mais, ainda (1972). Rio de Janeiro: Jorge Zahar Editor, 1985.

________. A terceira (1974). Texto inédito.

SAUSSURE, Ferdinand de. Curso de Linguística Geral. São Paulo: Cultrix, 1983.

 

Maurício Eugênio Maliska - psychanalyste, membre de Maiêutica Florianópolis – Instituição Psicanalítica, master et doctorat en Linguistique, avec un stage doctoral à l'Université Paris 7, docteur en Psychologie à l'Universidade Federal de Santa Catarina (UFSC), postdoctorat en Psychanalyse à l'Université Côté d'Azur (Nice-France), professeur de psychanalyse dans le cours de psychologie et dans l´École Doctoral en Sciences du Langage de l'Universidade do Sul de Santa Catarina (UNISUL). Membre et vice-président du Cercle de Recherche International Voix-Analyse (CRIVA). Membre honoraire de Lapsus de Toledo. 





maio de 2023 - Correio APPOA